Portrait d’entrepreneur

Portrait d’entrepreneur

Giuliana Ucelli, une entrepreneuse au parcours exceptionnel

Giuliana Ucelli, à l’origine ingénieur en génie civil a un parcours hors du commun. Après une thèse sur l’application de la réalité augmentée dans le génie civil au début des années 2000, Giuliana n’a pas cessé de se réinventer en travaillant d’abord comme chercheur sénior, puis comme manager de l’innovation dans l’informatique pour ensuite se lancer dans une très belle aventure entrepreneuriale avec la création de Nively, start-up dans la silver-économie. Retour sur la success story de Giuliana Ucelli.

Interview

Pourriez-vous nous parler de votre parcours avant la création de Nively ?

Après mon diplôme d’ingénieur civil, j’ai eu l’opportunité d’étudier et de travailler sur les premiers Computer Aided Architectural Design à la prestigieuse université de Lund en Suède, alors même que le programme ERASMUS n’existait pas encore dans mon université. J’ai ensuite continué mon parcours en Ecosse où j’ai fait un doctorat pendant 3 ans sur l’application de la réalité augmentée dans le domaine du génie civil. Le but de cette thèse était de pouvoir créer un bâtiment en modalité participative et en immersion dans la réalité virtuel, pour pouvoir véritablement concevoir l’espace et le modéliser avant sa construction. C’était un projet très innovant à la fin des années 90. Grâce à mon profil d’autodidacte, j’ai étudié la programmation et j’ai écris un logiciel. J’ai eu aussi l’opportunité incroyable de travailler sur des superordinateurs qui coûtaient des millions d’euros. J’ai eu un parcours académique très riche et j’ai pu publier plusieurs travaux scientifiques de haut niveau.

Lors d’une conférence, avec mon mari Giuseppe Conti, nous avons rencontré un chercheur de l’institut Fraunhofer, l’institut de recherche allemand réputé au niveau mondial. Il nous a proposé de venir travailler avec lui dans un centre de recherche à but non lucratif sur le Computer Graphics et qui intégrerait plusieurs institutions publiques comme une fondation liée au Fraunhofer Institut for Computer Graphics et l’Université de Trente en Italie. On a continué à travailler pour soutenir l’innovation à travers des projets européens, puis on a intégré des projets commerciaux avec de grandes sociétés.

Je me suis ensuite intéressé à la possibilité de transférer l’innovation dans le quotidien des citoyens. Et j’ai donc intégré une société publique-privée qui gère l’ensemble du parc informatique de la province de Trente (Italie) dans l’ensemble des secteurs d’activités publics allant de l’éducation à l’environnement. Cette institution qui avait besoin d’une personne qui puisse discuter avec les centres de recherches m’a donné l’opportunité d’appliquer mes compétences tout en étant près de ceux qui prennent les décisions. J’ai donc découvert dans cette institution le métier de Manager d’innovations. J’ai eu d’autres responsabilités comme la commercialisation, la programmation ou encore la gestion des projets innovants. Mais au fur et à mesure, je me suis rendu compte que j’avais envie de nouvelles expériences. Et j’ai commencé à réfléchir sur l’idée d’utiliser toutes mes expériences et mes compétences pour construire mon entreprise.

Comment est venue l’idée de Nively ?

Avant de créer Nively, je suis entrée à l’Edhec. Et lors de cette formation, nous avons eu un coach qui nous a fait faire une rétrospective sur notre parcours pour voir quel était le fil rouge de nos prises de décisions. Et je me suis rendu compte que pour toutes mes expériences, l’innovation et la création de quelque chose de nouveau étaient le fil rouge.

Avec Giuseppe, on savait qu’on avait un potentiel d’innovations très élevé, de l’expérience sur la gestion et le financement de projets européens et qu’on pourrait créer notre propre espace pour développer nos idées et donc faire notre parcours. Au moment où l’on a créé Nively, nous avions plusieurs idées d’innovations. On en a sélectionné une et on a commencé à réfléchir sur le type d’accompagnement et le cluster dont on aurait besoin pour faire épanouir notre projet. On a choisi la ville de Nice, d’une part pour sa proximité géographique avec l’Italie et d’autre part pour l’ambition politique marquée qui veut faire de Nice, la Cité Européenne de l’Innovation en Santé.

Comment êtes-vous rentrés en contact avec l’incubateur Paca-Est ?

Je savais très bien que me lancer seule dans le marché français serait très difficile d’autant que je ne connaissais pas très bien l’écosystème. En plus, j’ai toujours l’image de la Silicon Valley où la réussite et la motivation se trouvent dans la force du cluster. Dans une pépinière, il y a une énergie positive qui permet aux différents profils de ne pas se sentir seule et de renouveler ses idées. Le point essentiel quand on intègre un cluster dans un écosystème innovant, c’est que nous avons accès à des professionnels, tels que les avocats, les comptables, les consultants qui connaissent et qui sont capables de comprendre les problématiques de l’innovation. On a regardé toutes les possibilités qui s’offraient à nous dans la région et on a sélectionné l’incubateur Paca-est. L’avantage de cet incubateur c’est qu’il donne des prêts pour payer des cours, des formations avec différents consultants spécialisés dans leurs domaines, mais aussi pour créer les bases de la start-up. Cela permet d’avoir un accompagnement personnalisé en fonction de la maturation de notre projet.

Que pensez-vous du secteur de la silver-économie ? Quelles sont les challenges à surmonter dans ce secteur ?

Le marché de la silver-économie, c’est le marché lié au vieillissement de la société. Dans la silver économie, je fais une distinction très importante entre la dépendance et l’autonomie, deux marchés très différents. Dans le marché de la dépendance, le produit est destiné aux personnes qui, étant dépendantes, sont pour la majorité d’entre elles hébergées dans une structure. De l’autre côté, il y a le marché de l’autonomie où le client est directement la personne âgée.

La silver-économie est un marché qui sera de plus en plus important dans les années à venir avec le vieillissement de la population. Cependant, c’est aussi un marché très conservateur dans lequel il faudra changer la culture car les seniors d’aujourd’hui ne sont pas les seniors de demain.

Il y a aussi des difficultés liées à la spécificité du marché. Par exemple, en Italie, le marché des Ehpad est plus fragmenté, ce qui n’est pas le cas en France où les structures sont de plus en plus centralisées. Par conséquent, en Italie, il est plus facile de prendre rendez-vous avec le directeur de la structure et d’avoir une réponse plus rapidement, même si les structures sont de taille plus petite. En France, dans les structures centralisées, il n’est pas toujours évident de retrouver le bon interlocuteur et les réponses peuvent prendre plus de temps. Toutefois, une fois devenu fournisseur d’une telle type de structure, on peut gagner des parts de marché importantes.

Comment Waldner vous aide à construire le future de Nively ?

La majorité de Nively a été racheté par le groupe italien Waldner. Dès le début, ils nous ont fait noter qu’on n’était plus une start up, que l’on fait partie d’un grand groupe qui a les ressources pour penser le projet à une plus grande échelle. Nous avons alors pu changer notre modèle économique pour que notre offre soit plus intéressante pour nos clients et le retour est très positif. Grâce à Waldner, aujourd’hui il y a une équipe dédiée à la commercialisation de notre produit MentorAge® pour le marché italien. D’une part, il nous accompagne dans le recrutement des ressources humaines, avec la recherche de profils commerciales de haut niveau. Et d’autre part, Waldner nous aide dans la structuration de la société pour une nouvelle étape de la stratégie de croissance. Il nous aide également dans tous les autres aspects stratégiques, avec toujours des échanges très enrichissants.

Propos recueillis par Sarah BASSITE, doctorante en management stratégique à l’Université Côte d’Azur, CNRS, GREDEG

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